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Full text of "La véritable sentinelle du peuple."

LA VÉRITABLE 

SENTINELLE 



DU PEUPLE. 



i 



WmmmmmÊÊsê 




LA VERITABLE 

SENTINELLE 
DU PEUPLE. 



Il féparc Jcs dards , & les rompt fan 
tes «Y /.: Vontautt. Le Vieillard &fes Enfàns. 



Y^EL effc le véritable Citoyen qui, re'flé- 
chiifant fur la nature des événemens a&uels , 
& fur les fuites qu'ils peuvent entraîner , ne 
foit pas effrayé du péril dont la chofe publi- 
que efl: menacée ? 

Une famille unie peut tout efpérer des efforts 
combinés de (es membres; mais fi leur union 
celTe , fi la famille (e voit attaquée par ceux-là 
même qui ont le plus grand intérêt i fa confer- 
vation , c'en efl: fait , il ne refte plus d'tfpoir. 

Seroit-ce là notre pofition ? N'aurions-nous 
plus qu'à gémir fur nos malheurs ? L'homme 
de bien n'auroit-il plus qu'à s'envelopper de fa 
vertu , & à fe fouftraire à un aufl; douloureux 
fpeclacle ? Non fans doute, nous avons encor« 

A 



C 2 ) 

nne reflbnrce , celle de détromper îes Citoyens 
, qu'on a pu induire en erreur . de 
.fe trame qui s'eft ourdie pour les 
faire donner dans le piège. 

Tel zCt l'objet de ces réflexions : puiffent- 
e'ies remplir le but de leur auteur ! puiflent- 
elles ramener le calme dans les efprits , en 
éclairant nos p-1 us chers Concitoyens fur la pro- 
fondeur de l'abîme dans lequel ils font fur le 
point d'être précipités ! 

Un Miniftte audacieux & pervers, entreprend 
srvir une grande Nation; dans le délordre 
d'une imagination impétueufe , & brûlant du 
deC\- d'atteindre , dès îes premiers pas , le but 
qu'il s'eft propofé , rien ne peut trop tôt fa- 
tisfaire la foif qu'il a de régner defpotique- 
ment au nom du Souverain dont ii trahit la 
confiance. 

Les Loix offrent un obfracle à î'accomplif- 
fement de [<jn projet; il arrête ce les renverfer. 
Sa criminelle entreprife éprouve une réfiftance 
aie ; des armées vont répandre la terreur 
extrémités de l'Empire ; il doit craindre 
que le Souverain foit éclairé ; l'accès du Trône 
efl: interdit ; des Citoyens de tous les Ordres 
s'eppofent avec fermeté, au progrès du pouvoir 
arbitraire ; les coups d'autorité fe multiplient 
dans tous les genres. 

Mais vainement il a cru pouvoir fobjagtier 
par la force une Nation coûrageufe ; elle brife 
les fer> dont en vouloit la charger ; rendue à 
elle-même , & fortant , pour ainfi dire, du long 
afibupiiTcment dans lequel on la voyoit pi 
^éc , l'afpect de la ferfitnde lui fait fentir le 



C 3 ) 
prix de la liberté ; elle marche à grands pas 
vers un meilleur ordre de chofes. 

La véricé pénètre enfin jufqu'au Souverain; 
les Loix reprennent leur empire ; la Nation , 
à la veille d'être ra.k tablée , efl fur le point 
de voir renaître Ton antique conftitution ; les 
trois Ordres de l'Etat ne forment qu'un vœu, 
celui du bien public ; tous fe félicitent à i'envi 
du fuctès qui a couronne leurs er.orts , & 
nos regards fatigués des feencs e'iv -.rreur dont 
ils étoient frappés , peuvept fe repoffif fur la 
perfuedive d'un avenir plus heure 

Par quelle fatalité fomm. '-*cut- 

à-coup d.^ns un état plus défefpii mt em ore que 
celui auquel nous avons et point de 

fuccomber? Comment les expreftions de la gra- 
titude publique fe changent, - elles , pour ainfi 
dire, en imprécations contre cette même clalle de 
Citoyens, qui, contens d'avoir pu , au ppx ce 
leur liberté, & des plus généreux effortsj contri- 
buer à fauver la Patrie , trouvoient dans le réta- 
blilîement du bon ordre, la plus douce , comme 
la plus noble des récompenfes , & jouiiToient 
d'un triomphe d'autant plus précieux , que , 
partageant avec tous leurs Concitoyens le mé- 
rite de la victoire , le prix leur en écoit dé- 
cerné par des mains dignes elles mêmes de le 
Recevoir ? 

A quoi devons-nous attribuer une révolution 
aufli inattendue? Quel efl le génie mal-failant , 
qui, agitant parmi nous le flambeau de la dif- 
corde , & nous aveuglant fur nos propres in- 
térêts, a pu tenter de rompre les liens d'une 
union fraternelle ? Ceux-là qui avoient juré la 

A 2 



(4) 

perte commune, ont pu feuls, n'en doutons 
point , former cet abominable complot. D'au- 
tant plus acharnés à pourfuivre leur proie , qu'en 
la détendant avec plus de courage , nous avons 
fçu la fouftraire à leurs criminels efforts , ils 
dirigent principalement leurs traits contre ceux 
qui ont le plus contribué à faire échouer leur 
projet. Ils ont fubftitué une lourde & artificieule 
politique aux moyens violens qui ne leur ont 
pas réuni; & dans l'inquiétude qui les agite fur 
leur fort à venir , fur les précautions que la 
Nation doit prendre pour rendre vaines à ja- 
mais de femblables entreprifes , ils s'efforcent 
de donner le change à l'opinion publique ; ils 
cherchent à détourner l'attention des vrais Ci- 
tovens , de ce qui devroit uniquement l'occu- 
per , pour la diriger vers des objets étrangers 
à la révolution dont nous avons été fi près d'être 
victimes; voyez- les, fidèles à la maxime du 
Machiavélifme , femer la divifion , pour opérer 
rafTervillement ; voyez-les fur-tout , furieux de 
n'avoir pu renverfer l'obftacle que notre union 
leur a oppofé, faire tous leurs efforts pour dé- 
truire cette union précieufe à laquelle nous avons 
dû notre falut , & qui peut feuls encore dans 
ce moment prévenir notre perte. 

Lorfque le Souverain tient les rênes de l'Em- 
pire d'une main ferme & affurée , lorfque la 
juftice dirige les opérations du Gouvernement, 
tout fe maintient dans l'ordre, & la Loi veillant 
fans celle fur les entreprifes de ceux qui ten- 
droient à le troubler , fait refpecter le Monar- 
que , 8c affure la tranquillité publique. Le Chef 
Ùe LEtat veut-il au contraire fe crier , par la 



force , une autorité indépendante dos I 
un choc violent doit néceliairemjnt a.oir lieu 
entre le pouvoir arbitraire qui veut tout allcr- 
vir, & les efforts d'un Peuple libre qui le re- 
fufe à l'cfclavage. 

I! c([ impoilible qu'une femblable crife ne 
produife pas une fermentation générale ; les 
Loix fans pouvoir ne font plus refpectées .; la 
dïfcorde, fuire necefiaire de l'anarchie, rend ie 
retour au bon ordre, d'une difficulté extrême , 
& ne facilite que trop fouvent de nouvelles ten- 
tatives contre la liberté publique. L'autorité, 
pour mettre à profit les mouvemens intérieurs 
du Corps politique , les dirige en Cens con- 
traire , & parvient prefque toujours à les ren- 
dre funefres. 

Malheureusement l'Etat monarchique offre à 
cet égard de grandes facilites. Comme dans un 
pareil Gouvernement , des lignes de démarca- 
tions plus ,ou moins fenfibles féparent les dif- 
férentes clafTes de Citoyens , il n'efl: que trop 
aifé de les armer les unes contre les autres. 

Pour remplir fon objet, l'autorité s'adreflera 
aux clafTes qui n'occupent pas le premier rang 
dans l'ordre focial ; elle leur dira : Ne voyez- 
vous pas que ceux qui fe font interpofés en- 
tre vous & moi , n'avoient d'autre but que de 
conferver leurs prérogatives , pendant que je 
ne fongeois qu'à faire difparoître des inégalités 
choquantes pour le plus grand nombre? Elevez- 
vous contre ces humiliantes diflinclions ; atta- 
quez ces ambitieux Ariftocrates , & repoiez- 
vous fur moi du loin de vous rendre heureux , 

A 3 



( 6 ) 
en maintenant cette égalité primitive, à ia- 
è tout c:re penfant doit a'.pirer. 
O pre'^ge incorrcsvable ! Incalculable pou- 
voir de l\:mour - propre & ue la jaloufie ! 
A peine cette rrompeufe & grofliere amorce 
a-t clie-cté" prétextée , à peine ces décevantes 
paroles ont-e":es été entendues, qu'on oublie 
les partent de cette même autorité qui vou- 
loit , i! n'y a qu'un moment , renverfer nos 






notre i: ; >_r.é , ce la ;;erne autorité , au nom de 
laquelle des Citoyens de tous les ordres ont été 
e Çet$ , & qui a fait couier le fang 
dts Peuples. 

j£t c'eft à cette voix que vous obéiriez ! & 
cefr au fignal que vous donnent de vils émif- 
faires, que vous confentiriez à vous armer de 
torchss ardentes pour incendier l'édifice que 
tous vos efforts ont eu tant de peine à con- 
ferver ! 

Pouvez-vous vous diffimuler que les moyens 
qu'on emploie , n'ont d'autre objet , en jetant 
îa divifion parmi vous , que de détruire votre 
cônftîtfurion ? La nature des démarches qui ont 
été fufeitées, ne prouve- 1- elle pas , jufqu'à 
^'évidence , cet odieux projet ? En effet 
s'ell-on borné à réclamer ces exemptions ou des 
prérogatives perfonnelles t N'appelie-t-on pas 
contre la conftitution meme, une autorité qui, 
ne tendant qu'à s'accroicre , eit prête à ïaifiif 
le premier moment favorable pour envahir votre 
liberté? Et comme fi l'on avoit craint que les 
trois Ordres réunis ne parvinrent , par une èif- 
euflion amiable , à terminer leurs différends , n V 



C 7 ) 
t-on pas fait propofer à l'un 3'eûX de fe f< 
trer de l'Aflemblée Nationale, jufqu'à ce que 

les deux autres Ordres le conformaient à la 
loi impérieufe qu'on veut leur dicter ? 

Songez fur -tout, mes chers Concitoyens, 
que les ennemis de la chofe publique ont une 
grande vengeance à exercer contre une Pro- 
vince qui, forte de Ton union & de (es droits, 
s e : oppofée au torrent qui alloit tout en- 
traîner ; contre un Ordre, qui, dans tous !es 
temps, s'en: montré le plus zélé défenfeûr de 
la liberté nationale. Ouvrez les yeux fur le plan 
d'attaque dirigé contre vous; frémiffez en pen- 
fant qu'après vous avoir divifés , après avoir 
anéanti, ou même modifie votre co 
il ne reftera plus qu'un pas à faire pour 
votre ruine totale. On armera contre vous les 
Provinces qui n'ont pas écé allez hdureufes pour 
conferver la conititurion primitive de la M 
chie. Plaçant dans leur bouche les 
i]v'an vous a ftrggérés contre vous-mêmes , on 
mettra en jeu les pillions qui vous . 
jourd'hui , & , dénués des forces qui , 
ce moment, vous ontlcrvi de fauve-garde con- 
tre de femblables entreprifes , vous ferez faci- 
lement réduits au niveau des Provinces les plus 
maltraitées. Qui pourra vous préferver alors vie 
cet impôt funelle (la Gabelle, puifqu'il faut 
l'appeller par lbnnom)(i), plus terrible pour 
la Bretagne , que tous les impôts réunis ? 



(r) Aliufion .1 ce vers de la Font;.:. 
les Animaux malades de la perte ; la 
qu'il faut l'uppeller par Ion nom. 

A x 



C8 ) 

Il efl fans doute affreux d'avoir à annoncer 
d'aufli effrayantes vérités ; mais il faut les dire 
avant que le mal foit devenu fans remède. 

Il en eft temps encore , mes chers Conci- 
toyens , il ne tient qu'à vous que la Patrie ne 
luccombe pas fous cette infernale machination. 
Ne perdez pas de vue que c'eft à notre union 
que nous devons un meilleur ordre de chofes , 
M quV'ie feulé peut le maintenir; en un mot, 
ne déîruifez pas vous-mêmes votre propre ou- 
vrage ; & fi ces motifs ne font pas allez puif- 
fans pour arrêter le mouvement qu'a feu vous 
donner une impuîfion étrangère , longez que le 
bonheur public n'eft pas encore alfuré ; ne 
troublez pas le grand œuvre auquel feul nous 
pouvons efpérer d'en être redevables ; fufpen- 
ckz vos attaques contre ceux qui veulent con- 
courir avec vous à la réforme des abus dont 
vous continueriez d'être les victimes-, enfin (i 
les hommes qui fe font dévoués à la Patrie , ne 
doivent plus compter fur votre reconnoilfance, 
ne cherchez pas du moins à éteindre en eux le 
defïr qu'ils ont de voir s'établir un ordre de 
chofes qui puiile garantir à jamais la sûreté 
individuelle & la liberté publique. 

La politique a toujours mis en ufage les 
moyens qu'on emploie aujourd'hui pour vous 
donner le change. Bans tous les temps , dans 
tous ies Gouvernemens , on a cherché à capter 
la bienveillance de la multitude, foit en flat- 
tant fa vanité , foit en paroilïant vouloir amé- 
liorer fon fort. C'étoit tantôt contre les riches 
qu'on foulevoit les pauvres à Rome ; on pro- 
pofoi: alors l'abolition des dettes , le partage 



( 9 ) 
des terres ; tantôt c'e'toit à la NoblefTe qu'on 
■oit ; on engageoit le Peuple à préten- 
dre à toutes les dignités patriciennes. Ces divi- 
sons mirent pluGeurs fois la République à oVux 
doigts de h perte , parce qu'elles mènent tou- 
jours ou à l'anarchie, ou bien au defpotifme. 

«• Tous les Peuples de l'Furope ont eu des 
33 Diètes ou des Aflemblées Nationales qui poi- 
33 fédoient la puiffance légiflative , & les Princes 
» n'étoient que les exécuteurs de la Loi; mais 
33 je vois conftamment dans leur HiûVire , qu'un 
33 àes principaux moyens qu'on a employé pour 
33 établir le pouvoir arbitraire , c'a été d« jeter 
5> des germes de divifion dans chaque Ordre 
3» de l'Etat. Par-là chaque Ordre a perdu la 
33 force qui lui eft propre , Se a fuccombé , parce 
5j qu'il eft devenu incapable de réh fier à fes 
3) ennemis ». C'eft ainfi que s'explique dans fon 
Ouvrage de la Lég:(Ltion , l'Abbé de Mably , 
le Sçavant qui, dans ce hecie, a mieux connu 
l'Hiftoire & (es rapporrs avec les Loix. 

Dès que les Communes formèrent un troi- 
sième Ordre dans les A Semblées d~ 
fous Philippe-le-Be! , ce Prince chercha à oppo- 
fer les différens Ordres les uns aux autres , & 
ne craignit plus d'affembler les Etats -Géné- 
raux. «Philippe-le-Bel , dit l'Abbé de Mably, 
>:> dans fes Observations fur l'Hiftoire de France , 
33 étoit d'ailieurs témoin des divilions qui ré- 
33 gnoient entre le Clergé , les Seigneurs de les 
33 Communes. Il jugea qu'occupés plus que ja- 
>3 mais de leurs anciennes haines qu'il aw i 
33 mentées , ils ne le rapprocheroient les uns 
33 des autres, dans l'Aflemblée des Etats, que 



r 



C io ) 
3> pour fe haïr davantage , oc il efpéra de les 
» gouverner fans peine p a r leurs pallions », C'eft 
en femant de femblables germes de diviiion , 
que le Gouvernement eft venu à bout de rendre 
peu profitables pour les Peuples prefque rou- 
tes les Aflemblées Nationales , loriqu il a été 
contraint de les convoquer. 

En i6i4.,« la Cour jugea qu'il n'y avoit pas 
» de meilleur expédient , que de mettre de la 
» divifion entre les trois Ordres d c cs Etats , & 
» de rendre l'Affemblée la plus tumultueufe 
*> qu'il fe pour roi t. 

a> On s'avifa d'engager le C'ergé 3da Noblefie 
» à propofer des articles de réiormation, & des 
» Régîemens auxquels îe Tiers-Etat auroit de la 
» peins à confentir ; & comme on ne doutoit pas 
» que le Tiers-Etat ne proposât auffi des chofes 
» don: îe Clerg ; i: !.. Nobleiîe ne s'accemmode- 
» roient nullement , la Cour jugea bien que les 
» trois Chambres ne pourroient prendre au 
». bonne réfolution de concert, à caufe de leurs 
=» intérêts dififeïens , & de leurs conteftations ; 
» qu'il feroit facile de congédier les Etats , qui 
» fe laiTeroient d'eux-mêmes , & de leurrer tout 
» au plus le Peuple de quelque efpéra rare vague 
» & incertaine de réformation. Les xMiniiires 
» conduifiren: leur intrigue avec tant d'habileté, 
» que les chofes arrivèrent en effet comme ils 
» l'avoient projeré (i)». 



( i ) Hiftojre de Louis XIII , & Hiflpirç de France, 

pat Mezerai, tome Vf!. 



Dans cette Aflemblée de 16*14 ( 1 ), dit 
M. de Landine , <c les conteftations particuliers 
» détruihrentl'accord général. Les opinions difcu- 
« tées avec paillon Turent foutenues avec plus 
» d'enthoufia(me que de zèle; & le bien public 
=» échappa dans laconfufion des intérêts perfon- 
*> nels , des demandes & des projets ». Dieu 
veuille que cet Auteur n'ait pas fait d'avance 
l'Hiftoire des Etats - Généraux de 178^) ! 

Si nous examinons ce qui s'eft fait depuis deux 
ans . pour mettre la divifion entre les différentes 
claffes de Citoyens , cet examen nous fera con- 
noître & apprécier les auteurs des conteftations 
qui fe font élevées parmi nous, & nous mettra 
à même de prévoir , pendant qu'il en eft en- 
core temps , les fuites funeftes qu'elles auront 
pour la tenue des Etats-Généraux annoncés en 
1789 , & pour la conflitution particulière d% 
cette Province. 

Dès l'ouverture de l'AfTemblée des Notables 
en 1787, M.deCalonne s'éleva «contre liné- 
» galité générale dans la répartition des fubfides , 
» & l'énorme dilproportion qui fe trouve entre 
» les contributions des différentes Provinces, 
t> & entre les charges des Sujets d'un même Sou- 

=» verain contre les abus des privilèges pé- 

»cuniaires, les exceptions à la loi commune, 
« qui ne peuvent affranchir une partie des Çon- 
»:> tribuables, qu'en aggravant le fort des autres". 
Ces abus étoient foutenus par l'intérêt , le cré- 



( 1 ) Hifloire des Affemblées Nationales, pu M. d* 
Landine. 



( 12 ; 

dit , la fortune , & d'antiques préjugés que le. 
temps femble avoir refpeclis. Leur cx.jlence pefe 
Jur ta clajje productive & labrrituf». Tout le 
monde connoît aujourd'hui Tadminifl-ration de 
ce Miniftre diftîpateur , Tes profitions feanda- 
leufes ; on peut juger s'il étoit véritablement 
fenfïble aux abus dont texjîence pejefur la clajje 
productive & iaborieuje. 

Le projet de fouleverles Citoyens contre les 
Citoyens, les Ordres les uns contre les autres, 
les Provinces contre les Provinces , pour les 
fubjuguer toutes, fe manifesta de plus en plus, 
à mefure que M. de Calonne développa Tes dif- 
férens projets à i'Affemblée des Notables. L'aver- 
tiiTement qu'il répandit avec profullon dans 
tout le Royaume, qu'il fit publier parles Rec- 
teurs de la Capitale , dévoila complettement 
(es vues. 

M. l'Archevêque de Sens , qui fuccéda à 
M. de Calonne , avoit attaqué fon adminiftratien ; 
mais il en vouloit à fa place beaucoup plus qu'à 
(es principes. Des Edits burfaux , acfli défaf- 
treux que ceux qui avoient cauié la chute du 
précédent Miniftre des Finances , furent pré- 
fentés à l'enregiftrement des Cours fupérieures. 
La réfiftance inluimontable qu'elles y oppo- 
sèrent, firent concevoir l'odieux projet de les 
détruire. Six Edits, qui tendoient tous, difoit- 
on , au bonheur des Peuples, furent enregiftrés 
2. main armée, fans examen préalable. Le limple 
Peuple jugea facilement que û les nouvelles 
Loix avoient dû faire fon bonheur , le myftere 
n'en eût pas précédé l'enregiftrement , la vio- 
lence la plus odieufe & la plus inouie ne l'eût 



C 13 ) 

-pas accompagné. On l'entit qu'on vouloit fuire 
iuccéder aux Loix le defpotifme qvà peie fur 
toutes les claffes des Citoyens, mais bien plus 
encore fur la claffe la plus foibleJ 

En déployant l'appareil de la violence k on 
avoit révolté tous les eiprits, jeté l'effroi dans 
tous les cœurs. On s'en apperçut ; on eut re- 
cours à l'artifice. Nuls moyens de féducYion ne 
furent épargnés pour gagner le Peuple, tandis 
qu'on cherchoit à intimider les premiers Qrdrei 
de l'Etat, & tous les Corps de Magiftrature. 

Pour prévenir les réclamations des Provinces 
qui avoient des privilèges particuliers , &r les 
feparer de 1 intérêt commun , on paroiflbit vou- 
loir conferver tous leurs droits : on en deman- 
doit les preuves , mais c'était pour n'y avoir 
aucun égard. 

On défendoit à toutes p:rfonncs , notamment 

aux Corps de Magijîraturt a tous Corps , 

Communautés , &c. défaire des protejladons contre 
les nouvelles Loix , à peine de jorfaitun <J de 
perte de tout état, charge ou commijfîon & emploi 
militahe & civil : on affichoit dans tous les coins 
de la Province, & on faifoit dire aux Pafleurs 
dans la Chaire de vérité : 

« Que les vérités les plus auguftes ont envi- 
33 ronné le Trône ; que le Roi a entendu la vé- 
>a rite , lorfqu'il a été fenfible aux plaintes du 
33 Peuple gémiflant de l'opprelïïon qu'il éprou- 
3* voit , par la multitude des privilèges qu'a 
33 occafîonné la multitude des charges 5c des Tri- 
33 bunaux; lorfqu'il a mis un frein à la réfiftance 
33 des Cours, contre toutes les opérations bien- 
»> faifantes du Gouvernement , pour empêcher 



C 14 ) 

*> les charges publiques de pefer d'une manière 
» plus forte fur le pauvre , que fur les autres 
33 Sujets du Roi, réfifeance fondée fur des mo- 
33 tits qui s'éloignent de l'intérêt général , & dont 
33 l'effet reconnu efl: une inégalité de repartition 
33 au préjudice du Peuple (1) ^. 

Une lettre circulaire fut écrite à to'js les 
Evê.,ues de Bretagne, dans le même efprit, 
pour être lue dans toutes les ParoiiTes, & on 
ofa efpérer qu'ils fe préteroient à cet odieux 
miniftere. Des CommilTaires furent envoyés dans 
les Villes & dans les Campagnes , pour femec 
& étendre ces germes de divihon. I!s vont an- 
noncer au Laboureur fimple & crédule, que 
Tintention du Roi eft que les riches leu's 
paient des impôts. Leur perception fouffrit 
en effet de grandes difficultés & d^s retarde*- 
mens confidér.ibles ; il en rélulta des fraudes, 
qu'il fut impoflible de réprimer. 

La récolte des bleds paroît être moins abon- 
dante : quelques Provinces ont befoin de grains, 
& en tirent de la Bretagne* On fçalt avec quelle 
inquiétude , lors même qu'il n'y a pas lieu cVn 
avoir, le Peuple prévoit la dife.tte & la cherté 
de cette production de première nécefiitc; on 
augmente fes inquiétudes. ïî fe fait des émeutes 
combinées dans tous les coins ce la 1 
les greniers font dévaftés; les Magiftrats chargés 
de la Police des Villes font infultcs ; le fang 
des Citoyens eft répandu. Le Mi'itaiie , deftir.é 
fans doute à procurer la sûreté publique & 



m ( i; ) 

l'exécution des Loix , ne paroît plus armé que 
pour les détruire ; il refte fpeéhteur tranquille 
de ces hineftes mouvemens ; il refufe , fur les 
ordres qu'il dit avoir reçus, d- prcier Ton mi- 
niftere aux Tribunaux de Police. Les grands 
Propriétaires , les Gentilshommes , les premiers 
M agi 11 rats font traveftis en Marchands de bled. 
Ces deux clalîcs de Citoyens f\ juftement tqÏ- 
pectées peu de temps auparavant, font rendues 
odieufes à cotte multitude aveugle. Une Lettre 
circulaire du CommiiTaire départi lui pr 
même l'impunité, fi elle reftitue les bleds enlevés. 
Quand il s'agit enfin de connoître Se de punir 
les auteurs de ces criminelles révoltes , des 
ordres minifte'rie^s mettent des entraves aux 
pourfuites du Minifrere Public. 

Les befoins du Fifc , le cri général de tout 
le Royaume , forcent le Miniftere d'annoncer 
pour 1789 une AfTemblée générale de la Na- 
tion , dont il doit craindre la cenfure & les 
réformes, fi Funion & le concert en dirigeoient 
tous les Membres vers un même but , le bien 
général du Royaume. Dès le mois de Juin 
1788, on prévoit que fi on fuit les anciennes 
formes de convocation , F influence des différent 
Ordres pourroit ne pas ttre jn?fî famine m balan- 
cée Cl). 

Un nouvel Arrêt du Confciî convoque les 
Notables ; on y avance que ce les élevions du 

( 1 ) Si îa plupart de ces abus ont eu lieu , c'efl parce 
qu'on n'a pas foivi les formes préférâtes par les Lettres 
de convocation des trois dernières AfTemblées des Etats- 
Généraux. 



C 16 ) 
3> Tiers-Etat avoient été concentrées dans les 
>» Villes principales ; . . . . que plufieurs devenues 
33 cor.iidérables depuis l'époque des derniers 
33 Etats- Généraux , n'eurent aucuns Repréfen- 
» tans •, . . . que les Habitans ces campagnes , 
33 excepté dans un petit nombre de diftricts , 
33 ne paroi/lent pas avoir été appelles à concou- 
33 rir par leurs furfrages, à l'élection ces Députés 
33 aux Etats-Généraux ; que les Municipalités 
33 dts Villes furent principalement chargées des 
33 élections du Tiers-Etat ; . . * que l'Ordre du 
33 Tiers fut prefque entièrement compofé de 
33 penonnes qualifiées nobles dans les procès- 
33 verbaux de la dernière tenue ?\ On y a. de 
plus demandé aux Notables, fi les ptrjonnes qui 
jont aux gages des Seigneurs Ecclcjiajliques ou 
haïes , ou cans leur dépendance , de quelqu cutre 
manière, cej/croient par cette raifon d'eue c'ligibLs 
par le Tiers-Etat. 

Si on examine ces difficultés , propres fans 
doute à infpirer ce la défiance aux difTérens 
Ordres les uns envers les autres , & qu'on les 
compare avec les nouvelles prétentions de quel- 
ques Membres du Tiers, on en devinera faci- 
lement l'origine ; & on connoîtra les auteurs 
des divifions qui nous affligent , & femblcnt 
annoncer la ruine de notre propre conftitution. 

Des écrits répandus avec profufion dans toutes 
les Provinces , ont femé par- tout les mêmes 
germes de divifion. Si ces ouvrages étoient le 
fruit des réflexions de bons Citoyens , ils b!â- 
meroient l'adminiitration des ceux derniers Mi- 
nifires , qui pefe fans doute fur la clafè labo- 
rieuje & productive , bien plus que des privilèges , 

qui 



C 17 ) 
qui ne font accordés qu'à un certain nombre 
de perfonnes , & n'ont que la moindre partie 
des impôts pour objet: on trouverait cians ces 
écrits des précautions indiquées pour que le 
Royaume ne (bit pas replongé dans l'abîme de 
maux qui fait le malheur de tant de millions 
d'hommes au-dedans, & lui a fait perdre toute 
confidération au-dehors. Il eft donc aifé de ro- 
connoître la main qui répand de femblablcj 
ouvrages. 

Enfin, ce font les Corps , qui font dans la 
main du Commiilàire départi , qui ont fait les 
premières démarches. Ses Agens connus ont 
pué un rôle important dans toute cette affaire. 
C'eft^ toujours fur le modèle des Aflèmblées 
Provinciales, qu'on doit former les Etats-Gé- 
néraux. 

Il eft avéré de plus, que le parti dominant 
dans le Confeil, tient toujours au fyitéme qui a 
néceiïïté le renvoi des deux Miniftres, fans leur 
ôter l'influence qu'ils ne méritoient pas d'y con- 
ferver : influence trop bien prouvée par les fa- 
veurs dont on les a comblés , & par la protec- 
tion qu'on leur accorde contre les Loix & la 
Nation qui réclament leur jugement. Il eft donc 
facile de voir d'où viennent les divifions qui 
arment de bons Citoyens les uns contre les 
autres , & de prévoir les maux qu'elles nous 
préparent. 

Daignez, ô mes chers Concitoyens, dans une 
circonftance auflî critique , écouter les confeils 
qu'un homme célèbre (1) donnoit à (es Com- 

(1) Jean-Jacques Roufleau. ( Lettres de la Montagne). 



C ï8 ) 

patriotes: «Mais fur- tout , leur difoit-il , réu- 
33 raflez-vous tous ; vous êtes perdus fans ref- 
» fource, fi vous reftez divifés; & pourquoi le 
sa feriez-vous, quand de fi grands intérêts com- 
3>muns vous uniflent? Comment dans un pareil 
» danger, la baffe jaloufie & les petites pafîîons 
a> ofen t-ell es fe faire entendre? valent-elles qu'on 
» les contente à fi haut prix ? & faudra-t-iî que 
» vos enfans difent un jour en pleurant fur leurs 
» fers , voilà le fruit des dilïentions de nos 



» pères ! 



Dii 9 taltm avtrtiu cafum. 
F I N.